Le réemploi du verre, levier de résilience économique et environnementale pour les agriculteurs

Une consommation énergétique réduite de 76%, une utilisation d'eau diminuée de 51 %, 79% d’émission de gaz à effet de serre en moins par rapport au recyclage… Dans un contexte économique et climatique en tension, la consigne s’impose comme un levier majeur pour renforcer la résilience économique et énergétique des exploitations agricoles. On vous résume l'essentiel ici.

Dans un contexte économique et réglementaire des plus mouvant, le secteur agricole est aujourd’hui confronté à des défis structurels majeurs. Parmi ces défis, les dépenses énergétiques et économiques liées aux emballages représentent un enjeu croissant. Celui-ci touche tout particulièrement les producteurs qui utilisent du verre : les viticulteurs, maraîchers, producteurs de jus ou conserves… Ces filières ont été parmi les premières victimes de la flambée du prix du verre lors de la guerre en Ukraine. Si les prix sont aujourd’hui plus raisonnables, leur volatilité n’en reste pas moins une menace.

Face à ce constat et un cadre légal qui se durcit, le réemploi des contenants en verre s’impose à nouveau comme un levier concret de résilience économique et énergétique pour les exploitations agricoles.

Plusieurs groupes d’agriculteurs de Fabacéé ont donc fait le choix d’expérimenter cette solution dans le cadre du programme. Pour les accompagner au mieux dans cette transition, les animateurs du collectif ont pu assister à un webinaire technique animé par Benjamin Cordonnier (Co-directeur de Ma bouteille s'appelle reviens, membre de France Consigne), pour monter en compétences sur ce sujet.  

On vous résume les principaux enseignements de son intervention dans cet article.

Des bénéfices environnementaux considérables 

Il est important de différencier le réemploi du recyclage, deux processus bien distincts. Là où le recyclage consiste à fondre le verre pour en fabriquer du nouveau, le réemploi consiste à laver et remettre en circulation le même contenant. Cette différence de traitement génère des économies d’énergies considérables.

Par rapport au recyclage, le réemploi permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 79 %. Cette méthode est également moins énergivore que le recyclage, avec une consommation énergétique inférieure de 76%, et une consommation d’eau qui diminue de 51%.  

Contrairement aux idées reçues, le lavage des bouteilles consomme en réalité deux fois moins d'eau que le recyclage du verre. Il suffit de 40cl d’eau pour le nettoyage complet d’une bouteille. Là où une fusion à 1500°C pendant 24 heures est nécessaire pour le recyclage du verre, un simple lavage de 20 minutes à 80°C suffit pour éliminer les levures et bactéries et répondre aux normes d'hygiène des producteurs.

Une attente sociétale importante 

Le retour de la bouteille consignée bénéficie d'un soutien massif de l'opinion publique : 92 % des Français se déclarent favorables à ce système. Cette information peut peser dans la balance pour les producteurs qui hésitent à se lancer. Cette démarche responsable peut devenir un argument marketing à part entière. Pour une partie des consommateurs, c’est un argument en phase avec des attentes croissantes en matière de durabilité.

Un cadre réglementaire qui évolue 

Le cadre légal devient également un argument important. Que ce soit à l’échelle nationale ou européenne, on tend vers un encadrement de plus en plus strict du réemploi du verre. La loi AGEC impose à l'ensemble des metteurs en marché d'atteindre 10 % d'emballages réemployés d'ici 2027. Au niveau européen, le règlement PPWR fixe un objectif de 10 % d'emballages réemployables sur les boissons dès 2030, porté à 40 % d'ici 2040.

La transition vers le réemploi devient donc nécessaire pour anticiper ces obligations et éviter des ajustements contraints et coûteux réalisés dans l’urgence.    

Un écosystème en cours de structuration

Le réemploi s'appuie aujourd'hui sur une filière organisée autour de divers acteurs complémentaires : les éco-organismes, le Réseau Vrac et Réemploi (tête de réseau nationale chargée du plaidoyer et du cadre légal), et la Fédération France Consigne, qui regroupe les industriels du réemploi et œuvre à la mise en place d'un réseau mutualisé national.

France Consigne permet notamment de regrouper les ressources et les infrastructures, de développer un catalogue de contenants standardisés. Pour la filière, les étiquettes sont également un enjeu crucial puisque les étiquettes adhésives sont aujourd'hui la première cause de non-conformité au lavage, et représentent 21 % des volumes lavés rejetés. France Consigne a donc permis de mettre en place un cahier des charges techniques pour les étiquettes pour répondre à cette problématique. Une certification nationale, une “Attestation de validation Réemploi”, a également été créée pour permettre aux consommateurs d'identifier facilement les contenants aptes au réemploi.

Passage au réemploi : freins et leviers 

Le passage au réemploi du verre implique de prendre en compte certains obstacles, qu’il est important d’identifier avant d’engager toute démarche.

Les principaux freins sont avant tout économiques. Les bouteilles aptes au réemploi sont plus lourdes, donc plus coûteuses à l'achat, les étiquettes lavables sont environ 10 % plus onéreuses, et la certification d'une gamme avec l'Attestation de validation Réemploi a aussi un coût, qui peut varier entre 500 et 2 500 € selon les organismes. 

À cela s'ajoutent un taux de retour des consignes encore limité (15 % en moyenne), des contraintes logistiques de manutention et de stockage. La compétitivité actuelle du verre neuf, avec des prix très bas, font obstacle au développement du réemploi face au prix du lavage d’une bouteille : entre 30 et 40 centimes. Enfin, l'adoption de contenants standardisés, nécessaires pour intégrer un réseau mutualisé, peut réduire la différenciation visuelle avec la concurrence.

Néanmoins, il existe justement de nombreux leviers pour lever ces freins. Les bénéfices environnementaux sont souvent le premier argument déclencheur. Par exemple, dans un témoignage, un viticulteur du Vaucluse passé au réemploi en 2022 a pu expliquer qu’un diagnostic des émissions de GES de son exploitation a révélé que le verre était son deuxième poste de consommation. Face à ce constat, il a pris la décision de changer ses emballages. Le réemploi lui a ouvert une dizaine de nouveaux marchés. Sur le plan financier, l'exonération totale de l'éco-contribution REP sur les contenants réemployés représente aussi un allègement très concret pour lui de ses charges économiques.

Concernant le taux de retour, on constate qu’un des leviers les plus puissants reste la mise en place de consigne monétaire. Certains exemples prouvent que ce levier permet de faire grimper le taux de retour des consignes à 40% dès la première année, puis 60% la deuxième. En parallèle, les éco-organismes lancent désormais des appels à projets pour prendre en charge une partie des surcoûts liés à la transition, un bon moyen d’encourager et d’accompagner la transition.

Comment accompagner les agriculteurs dans cette transition ? 

Pour accompagner un producteur, la première étape nécessaire est un diagnostic de la situation de départ : type de contenants utilisés, circuit de distribution, volonté ou non d'intégrer un réseau mutualisé, échelle géographique de distribution… Ce dernier facteur est assez important pour la suite, puisqu’en local, la vente directe permet de récupérer soi-même les contenants pour les envoyer au lavage ; à l'échelle régionale ou nationale, un réseau mutualisé avec contenants standardisés est bien plus avantageux ; tandis qu’à l'international, le réemploi a un intérêt limité, à cause de faibles taux de retour.

Une fois ce diagnostic effectué, il s’agit d’identifier une filière adaptée. Pour les bouteilles, une filière mutualisée existe donc via France Consigne, avec un accompagnement dédié à la mise en conformité des emballages. Pour les pots et bocaux, en l'absence de filière mutualisée, deux options s'offrent au producteur : le lavage à façon, ou l'internalisation du lavage avec mise en place d'un plan HACCP, qui est un peu plus contraignant et demande davantage d’investissement.

Vient ensuite la phase d'accompagnement technique et de certification, pour adapter les matières sèches (bouteille et étiquettes) et obtenir la certification des gammes. Le producteur est ensuite intégré au catalogue national du réemploi et peut accéder aux contenants réemployés.

Aujourd’hui, engager une transition vers le réemploi permet donc avant tout d’anticiper pour ne pas subir les réglementations à venir. C’est aussi un moyen de renforcer la résilience économique de son exploitation agricole dans un contexte où chaque dépense pèse dans la balance.

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