Dans le cadre du programme, ACTEE, FEVE et Solagro, partenaire et porteurs de Fabacéé, ont organisé un webinaire à destination des élus et agents de collectivités pour explorer une question encore trop peu abordée : comment les territoires peuvent-ils accompagner les économies d’énergies au sein du secteur agricole ? Des pistes d’actions et les témoignages de collectivités pionnières sont à découvrir dans cet article.

L'énergie se situe à la croisée de nombreux enjeux du secteur agricole. Elle constitue aussi bien un levier de viabilité économique, qu’un levier de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de résilience face au réchauffement climatique pour les exploitations agricoles. Dans ce contexte, ACTEE (partenaire Fabacéé), FEVE et Solagro (porteurs du programme), ont organisé un webinaire pour explorer le rôle des collectivités territoriales dans l'accompagnement de la transition énergétique agricole. On récapitule dans cet article les enseignements clés de ce rendez-vous.
L'agriculture consomme des énergies directes (carburants, électricité, gaz…) et des énergies indirectes, souvent moins visibles mais tout aussi significatives (engrais azotés, alimentation du bétail…). D’après les 1000 premiers diagnostics énergétiques réalisés dans le cadre du programme Fabacéé, à l'échelle d'une exploitation, les énergies directes représentent en moyenne 16 500 €/an et les engrais seuls 22 700 €/an, et 35 000 €/an pour l’alimentation du bétail.
Ces chiffres ne représentent pas uniquement des enjeux pour les exploitations agricoles, ils constituent également des enjeux territoriaux qu’il devient nécessaire de prendre en compte. Réduire la dépendance énergétique des exploitations est un moyen de renforcer la résilience d'un territoire face aux chocs climatiques et géopolitiques de plus en plus fréquents. C'est aussi un levier pour qui contribue directement aux objectifs des Plans Climat-Air-Énergie Territoriaux (PCAET).

Pourtant, ce sujet n’est encore que trop peu intégré aux politiques des collectivités locales. Une enquête menée par ACTEE, dans le cadre du programme, auprès d’EPCI porteurs de PCAET et d’acteurs régionaux et nationaux, révèle que les économies d'énergie en agriculture restent marginales dans ces documents de planification.

On constate que parmi les 72 PCAET analysés, 50% intègrent des leviers d’économies d’énergies agricoles, et à peine 11,7 % des actions agricoles totales y font référence. Ce rôle secondaire de l’agriculture s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, le faible poids énergétique de l’agriculture dans les diagnostics, qui oriente plutôt les actions vers les émissions de GES au détriment d’une approche plus globale. L’absence de compétence directe des EPCI en agriculture, un manque de connaissances techniques et de moyens humains et financiers mis à disposition des agents et de portage politique des élus, et des contraintes organisationnelles liées à la complexité institutionnelle et à la démarche de planification font également partie des causes identifiées. Toutefois, le PCAET peut donner la légitimité à l’EPCI de créer des relations avec les acteurs du monde agricole via son rôle d’animation et de planification.
Les pistes d'actions permettant de mieux intégrer les thématiques agricoles et alimentaires aux PCAET sont variées. Ce webinaire présente plusieurs exemples, notamment :
Mais quelles solutions s’offrent aux collectivités territoriales pour encourager et accompagner cette transition sur leur territoire ? À l’occasion de ce webinaire, 3 collectivités pionnières sur le sujet nous ont partagé leur expérience. découvrez dans ces témoignages complémentaires, trois grands modes d’action : financer, coordonner et planifier.
Depuis janvier 2023, la Communauté de Communes Les Vals du Dauphiné organise chaque année, en partenariat avec la Fédération régionale des CUMA Auvergne-Rhône-Alpes, des journées de passage au BEM (Banc Essai Moteur) ouvertes aux agriculteurs du territoire. Avec un budget annuel de 2 200 €, la collectivité finance 80 % du coût du passage au banc d'essai pour les agriculteurs, qui n'ont plus que 44 € HT à débourser au lieu de 220 €. Cette prise en charge est une des motivations principales pour pousser les agriculteurs à l’action.
Plus largement, cette action implique directement et concrètement les communautés de communes sur un projet agricole.
Leur 5e session de banc d'essai est prévue en novembre 2026, et sera cette fois-ci proposée aux groupes d’agriculteurs engagés dans le programme Fabacéé.
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Dans le cadre de son Plan Climat, la Métropole Européenne de Lille (MEL) s’est interrogée sur la place de l'agriculture dans l’impact climatique global (GES, énergies, carbone) du territoire. Pour établir un état des lieux de ces consommations et obtenir des chiffres précis, la MEL a choisi comme point de départ à son plan d’action le diagnostic Clim'Agri. Un partenariat avec la Chambre d'agriculture des Hauts-de-France et un budget de 16 000 € ont été nécessaires pour mettre en place cette première action.
Ce diagnostic, réalisé entre 2019 et 2021, a révélé que les énergies indirectes, en particulier les engrais azotés et l’alimentation des animaux, constituaient de loin le principal poste de consommation du territoire. Ce niveau de dépendance aux énergies indirectes a été l'élément déclencheur d'une réflexion des élus sur le système alimentaire territorial.
La MEL a donc choisi de lancer une expérimentation de trois ans sur les associations légumineuses-céréales, impliquant cinq agriculteurs en grandes cultures. Le projet est cofinancé par l'Agence de l'eau Artois-Picardie, pour un budget total de 20 000 €. À travers ce projet, l’objectif est de lever les freins qui s’imposent aux agriculteurs lors d’un changement profond de système.
Une communauté de communes du Grand Ouest a opté pour une approche collective à l'échelle de la filière laitière, via un programme de coopération territoriale de l'ADEME (budget de 20 000 €). En associant une dizaine d'agriculteurs volontaires, plusieurs laiteries, la chambre d'agriculture de son département et une structure d'accompagnement, plusieurs ateliers animés en collectif ont débouché sur le choix de quatre actions prioritaires, dont la favorisation du pâturage.
La collectivité a mis un point d'honneur à rassembler élus, agriculteurs et techniciens autour des solutions à mettre en place, le collectif étant vu comme moteur de la résilience des exploitations.
La candidature du Parc Naturel Régional du Luberon au programme Fabacéé s’inscrit dans une démarche marquée en faveur de la transition agroécologique. Déjà engagé dans un Plan de paysage et de transition écologique et énergétique et un Projet Alimentaire Territorial qui ont, entre autres, vocation à accompagner les agriculteurs dans un changement de pratiques, les objectifs du programme Fabacéé sont alignés avec les missions du PNR du Luberon.
Léa Garreau, chargée de mission agroécologie, accompagne donc 2 groupes d’agriculteurs du territoire dans la réduction de leurs consommations énergétiques. Les éleveurs ovins-caprins de son premier groupe ont construit un plan d’action ambitieux qui vise 20 % d'économies d'énergie, tandis que les vignerons du second groupe ambitionnent d’atteindre 16,2 % d'économies. Pour atteindre ces objectifs, ils ont sélectionné une large variété de leviers d’économies d’énergies : GNR, d’engrais, d’alimentation du bétail...
Ces témoignages montrent que les collectivités ne sont pas des acteurs secondaires de la transition agroécologique : accompagner les agriculteurs renforce la connaissance de la filière, les liens avec les acteurs du secteur, la contribution aux objectifs climat-air-énergie, et la résilience économique des exploitants.
Pour les territoires qui souhaitent s’emparer du sujet, Fabacéé offre un cadre structuré afin de faciliter les premiers pas dans cette démarche. Le programme s’appuie sur un animateur ancré dans le territoire pour accompagner dans la durée les groupes d’agriculteurs. L’animateur bénéficie du financement à 100% de son poste sur les temps d’animation, de formations techniques et d’un réseau de pairs pour monter en compétences.
Si les groupes actuellement accompagnés sont constitués jusqu'à la fin d’année 2027, un prochain appel à candidatures pourrait ouvrir de nouvelles opportunités pour les territoires qui souhaitent s'engager sur le sujet. Une perspective à garder en tête, notamment pour les collectivités qui renouvellent leur PCAET cette année.
L'enquête menée par ACTEE auprès des collectivités se poursuit et permet notamment de collecter les besoins des collectivités vis-à-vis du programme : n'hésitez pas à y contribuer en répondant à ce questionnaire.
Pour aller plus loin, visionnez ici le webinaire proposé par ACTEE, FEVE et Solagro.

