Et si on vous disait qu’il était possible de moins travailler son sol, d’optimiser son système d’irrigation et de consommer moins d’énergie, et tout ça en même temps ?
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Dans les systèmes agricoles français, les systèmes d’irrigation sont majoritairement électriques. Ils constituent donc un levier incontournable pour réduire les charges énergétiques des exploitations.
Pour les groupes d’agriculteurs et d’agricultrices, optimiser son système d'irrigation répond à une double problématique : maîtriser ses charges financières et préserver la ressource en eau. Et pas seulement. En y regardant de plus près, on s'aperçoit qu’un des leviers pour optimiser l’irrigation est de travailler sur la santé des sols. Une démarche aux bénéfices multiples, car agir sur les sols permet également de réduire ses consommations de GNR et d’engrais.
Pour explorer ce sujet, nous avons été rencontrer Audrey Aurensan, animatrice Fabacéé chez Rives et Eaux du Sud-Ouest. Elle accompagne 49 agriculteurs, majoritairement en grandes cultures et céréales, répartis en 4 groupes sur le Gers, la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées.
Dans le cadre du programme, elle a proposé à certains des agriculteurs qu’elle accompagne de participer à une rencontre organisée sur la ferme expérimentale de la Mirandette, avec l’intervention d’un pédologue autour de fosses pédologiques. Elle revient sur cet événement et le rapport entre l’irrigation et les fosses pédologiques dans cet entretien.
Audrey Aurensan : “Après des décennies de pratiques culturales traditionnelles (travail du sol en profondeur, recours important aux intrants…), les agriculteurs font face à un constat difficile : leurs sols s’appauvrissent, se tassent, et la matière organique est de plus en plus rare. Désormais, les sols ont besoin de plus d’apports, alors que les rendements sont en train de stagner. Certains commencent à prendre conscience que leurs systèmes d’exploitation ne seront plus viables d’ici quelques années.
Ce constat est partagé par des profils assez variés au sein des groupes que j’accompagne. Certains partiront à la retraite d’ici quelques années, mais se préoccupent tout de même de la pérennité des terres qu’ils transmettront. Et il y a aussi des enfants qui reprennent l'exploitation de leurs parents, et qui se questionnent sur une autre manière de produire pour préserver leurs sols.
La plupart des agriculteurs que j’accompagne ont rejoint l’aventure Fabacéé aux côtés de Rives et Eaux pour travailler tout particulièrement sur les problématiques liées à l’irrigation. Les leviers liés à ce poste de consommation représentent en moyenne 28% de nos plans d’action d’économies d’énergies. Mais l’on s'aperçoit vite que ces questions sont transversales. Les nouvelles techniques étudiées associent une irrigation économe en eau et une agriculture de conservation des sols, pour à la fois préserver les ressources en eau, limiter l'érosion et maintenir la fertilité.
Les diagnostics énergétiques ont montré que pour les 4 groupes que j’accompagne, les engrais, le GNR et l’électricité sont les 3 postes de consommations énergétiques qui pèsent le plus sur les exploitations. À eux seuls, ils représentent entre 60% et 95% des consommations totales à l’échelle de chaque groupe.
Nous avons donc clairement identifié un axe de travail sur la santé des sols pour nos plans d’action d’économies d’énergie. Plus particulièrement la réduction du travail du sol, un levier qui permet à la fois de réduire les besoins en engrais, en irrigation et sa consommation de GNR.
C’est donc dans cette idée que je leur ai proposé d’assister à la journée fosses pédologiques que mes collègues organisaient en marge du programme, pour le projet Tascii. L’idée, c’était de lancer la réflexion et qu’ils puissent constater par eux-même toutes les conséquences du travail du sol sur les besoins énergétiques de l’exploitation.”
Audrey Aurensan : “J’ai profité de cet atelier organisé par mes collègues sur la Ferme de la Mirandette. Il s’est déroulé en deux temps. D’abord, un moment sur le terrain avec un pédologue, pendant lequel on a réalisé plusieurs fosses sur différentes parcelles de la ferme. Cette exploitation était vraiment le lieu idéal pour réaliser cet atelier, puisque certaines des parcelles sont scindées en deux : une partie en semis direct, une autre en TCS. Cela nous a permis d’observer des profils de sols très différents à seulement quelques dizaines de mètres l’un de l’autre. Cette comparaison était vraiment très concrète pour les agriculteurs. Elle leur a permis de considérer les avantages du semis direct sur cette exploitation.
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De plus, le fait d’être sur place a permis aux agriculteurs d’échanger entre eux mais aussi avec le responsable du site. Les discussions ont également beaucoup tourné autour du machinisme, puisque le matériel utilisé en semis direct est assez spécifique. Ce moment a créé des échanges très intéressants pour eux.”
Audrey Aurensan : “Les retours ont été très positifs. Ce qui a vraiment fait la différence, c’est la dimension concrète et visuelle de cette action. Les agriculteurs ont pu s’investir, mettre les mains dans la terre, voir de leurs propres yeux les différences entre les parcelles… Cela a provoqué une véritable prise de conscience chez certains et les a amenés à se questionner sur leurs pratiques actuelles. Je suis convaincue que les résultats auraient été bien différents si nous avions fait la même présentation sur un diaporama dans une salle.
Et l’autre clé de la réussite de ce moment, c’est le collectif. Sur notre territoire, l’agriculture souffre en ce moment d’un manque de dynamiques collectives. Durant cette journée, ils étaient contents de se rencontrer, d’échanger, de partager un objectif commun. Ces échanges entre pairs sont réellement moteurs dans mes groupes Fabacéé.”
Audrey Aurensan : “Sur le plan technique, les résultats observés dans les fosses ont été vraiment flagrants : on observe une différence nette de structure, d’enracinement et de circulation de l’eau entre les sols cultivés en semis direct et en TCS. Même s’il faut garder en tête que ces résultats dépendent du contexte de chaque exploitation, ces éléments vont nourrir un gros travail de réflexion sur la réduction du travail du sol au sein de mes groupes.
Mais au-delà de l’aspect technique, je compte surtout sur la dizaine d’agriculteurs présents lors de cette journée pour partager leur témoignage à leurs groupes Fabacéé. Je mise énormément sur les échanges entre pairs, perçus très différemment de ceux avec un conseiller.
J'ai d'ailleurs pu le constater avec un agriculteur d'un de mes groupes qui expérimente le semis direct depuis 5 ans sur une de ses parcelles. Quand il prend la parole, les autres lui posent des questions très opérationnelles, très précises. C’est à ce moment-là que la réflexion s’initie.”
Cette journée reflète parfaitement l’un des objectifs du programme : s’appuyer sur la force du collectif pour faire évoluer les pratiques agricoles. Créer des ponts entre différents groupes et différents programmes, c’est aussi un moyen de mêler les points de vue, de confronter les idées et les réalités de chacun pour lancer une réflexion plus profonde.

